Sujet

Sujet donné à Objectif Concours (Grenoble).

• Thierry C., « Chroniques d’abonnés », Le Monde, 19 septembre 2009.

L’autre aspect…

Il est fréquent de s’inquiéter des conséquences du papy-boom en termes comptable. Nos hommes politiques et nos penseurs nous assènent d’ailleurs à ce sujet les mêmes idées selon lesquelles nous devrons travailler plus longtemps, et cotiser plus.

Pourtant, il me semble que là encore on nous occulte une grande partie des enjeux de ce papy-boom. En effet, nous feignons tous de croire qu’il suffira d’équilibrer les comptes sociaux pour nous tirer d’affaire en matière de protection sociale. En payant plus, en travaillant plus, nous réussirons selon les idées reçues à résoudre la quadrature du cercle.

Nous pensons tous que si nous résolvons l’aspect comptable de ce papy-boom nous serons sauvés. Or, quitte à faire cavalier seul, je suis convaincu du contraire. Nos anciens, une fois retirés du travail, ont peut-être moins besoin d’argent que d’humanité, d’humain, aurais-je pu dire. Extraits de la socialité par le travail, ils n’en ont pas moins besoin d’aide, d’assistance et de solidarité. Or, il me semble que cette dimension humaine est passée sous silence. Nous qui avons pris l’habitude de délaisser nos vieux dans les hospices (pour faire large) que deviendrons-nous demain, si nous sommes contraints de les garder à domicile, ne serait-ce que pour des questions de coûts ? Qu’allons-nous faire si, à côté des enfants dont il faut s’occuper, nous devons prendre en charge nos parents et quelquefois aussi nos grands-parents ?

A ceux qui croient que cette question est anodine, je voudrais rappeler qu’elle est précisément essentielle et qu’elle dépasse largement la question financière. La question de la balance des paiements nous semblera bien légère, si demain nous sommes en déficit chronique en matière de temps ! Si une fois réglés les problèmes des petits, nous devons en plus continuer à travailler et prendre en charge tous nos ascendants, comment allons-nous faire ? Si, comme cela m’est arrivé, on nous explique qu’il faut rester à côté de mamy, insuffisante respiratoire chronique, quel temps nous resterat-il pour travailler, cotiser et même faire des enfants ?

Vous avez essayé vous ?

A moins de découvrir le moyen de se démultiplier, nous aurons tous affaire à un crash bien plus grave que celui des caisses d’assurance vieillesse. Nous vivrons en permanence au bord de la crise de nerfs.

Et d’ailleurs, alors que les entreprises rejettent les gens qui ont de larges trous dans leur CV, que  eviendront ces gens qui auront passé des mois au chevet de leurs parents lorsqu’ils expliqueront à leurs patrons potentiels qu’ils ont arrêté de travailler pour aider leur parent ? Que leur restera-t-il en échange des bienfaits qu’ils ont apportés à tout le monde, au fond, si en fin de course d’autres ayants droit viennent réclamer le partage des « biens du vieux » ? Savez-vous ce que l’on ressent comme peine et comme colère, lorsqu’après avoir tenu la main d’un malade pendant plusieurs mois, on est chassé comme un malpropre parce qu’au fond les héritiers viennent réclamer leur « dû » ?

Le papy-boom n’est pas un problème financier, c’est un problème humain et social. Nous n’aurons jamais assez de maisons de retraite et d’hospices pour accueillir tous les anciens à moins d’y consacrer des milliards. Ne faut-il pas alors s’inquiéter du sort de ceux qui resteront dans les prochaines années au chevet de leurs vieux parents pour éviter qu’ils ne nourrissent un jour une rancune bien compréhensible ? Ne fautil pas inverser le système de cotisations sociales qui prime à tout point de vue l’égoïsme, et l’indignité, en punissant ceux qui ne « travaillent pas » ?

Il y a aussi dans cet attachement qui consiste à se préoccuper de ses ascendants, de la noblesse et du courage. J’irais même jusqu’à dire qu’il y a un intérêt comptable à voir les enfants et petits enfants s’occuper de leurs anciens. Mieux entourés, ils coûteront moins cher et vivront plus longtemps.

Il faut aider les « descendants », il faut sauvegarder leurs intérêts sociaux et pourquoi pas imaginer qu’ils bénéficient, une fois passée la période de deuil, d’un accompagnement social spécifique. On ne sort pas indemne d’une expérience dans laquelle on voit mourir, après plusieurs mois difficiles, un être cher. Après la disparition, il faut survivre, revivre, et même cela, ça prend du temps. Comment peut-on imaginer qu’en fin de compte, celui qui a été là, se voit privé d’aide, exclu de la société, et parfois réduit, comme je l’ai vécu au rang de « sans domicile fixe » ?

On le voit, la question du papy-boom ne sera pas réglée par la seule hausse des cotisations sociales, si dans le même temps on ne se préoccupe pas de protéger ceux qui, bien souvent, par attachement, font en sorte que leurs parents finissent leurs jours dans la dignité.

1. Quels sont les deux aspects du papy-boom que l’auteur s’emploie à opposer et dans quel but ? (5 points)
2. Au sujet de la dignité de la fin de vie, vous présenterez la portée et les limites de la loi Leonetti concernant la pratique de l’euthanasie. (7 points)
3. « On ne sort pas indemne d’une expérience dans laquelle on voit mourir, après plusieurs mois difficiles, un être cher. » Vous commenterez cette remarque de l’auteur en vous plaçant du point de vue personnel du soignant. (8 points)

N.B. : Le non-respect des consignes entraîne une perte de un point dans la note finale. De même, les fautes d’orthographe peuvent entraîner une perte de deux points sur la note finale.

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