Le 190, un centre de santé sexuelle menacé et… sauvé

Le 190 quitte le Boulevard de Charonne, dans le XIe arrondissement à Paris et déménagera dans les mois à venir au 46 rue Surmelin, dans le XXe arrondissement. En doublant sa superficie, avec environ 215 mètres carrés, Le 190 se félicite de l’obtention de l’agrément en gynécologie délivré par l’Agence régionale de la Santé (ARS) et remercie Anne Hidalgo, maire de Paris pour son engagement. Nous publions ci-dessous un reportage réalisé pour ActuSoins en 2014 (n°15).

“Comment allez-vous aujourd’hui?” -“Oh, ça va, juste un peu fatigué”… Après avoir accueilli ce patient, l’un des deux médecins du Centre 190 fait entrer le jeune homme dans son cabinet en toute discrétion. Depuis son ouverture en février 2010, ce sont des milliers de patients qui sont venus bénéficier de l’expertise des personnels soignants en santé sexuelle, mais aussi d’une discrétion assurée. Aujourd’hui, 30 à 40 personnes franchissent les portes du 190 tous les jours.

Si le lieu a fait ses preuves, les débuts ont été plus difficiles car il était novateur. Mais le 190 a été fondé avec une certitude, comme le rappelle Marc Frémondière, cadre de santé et l’un des membres fondateur du 190 : ”Quand je travaillais à l’hôpital entre 2003 et 2008, je côtoyais Michel Ohayon, coordinateur de Sida Info Service. Au fur et à mesure de nos discussions, nous avons réalisé que le sida n’avait plus sa place à l’hôpital. Les patients allaient de “mieux en mieux”, et ne venaient parfois que pour un suivi annuel. Il fallait le dire : le sida n’était plus une maladie d’exception. Mais il restait difficile d’aborder la question de la séropositivité et celle de la sexualité. Parler de plaisir ? Impossible.”

Le concept du 190 était né. Financé par Sida Info Service, ce centre connaît aujourd’hui des chiffres de fréquentations exponentielles, avec 30 % de patients en plus chaque année. “ Nous avons principalement un public HSH (hommes ayant du sexe avec d’autres hommes, ndla), mais aussi quelques femmes et des migrants. En somme nos portes sont ouvertes à toute personne porteuse du VIH, ou d’une IST, qui cherche à se faire dépister ou qui a besoin d’informations”, précise Marc Frémondière. Certains viennent pour un suivi, d’autres, majoritaires, pour un check up.

Un lieu de dialogue et d’interactions

En favorisant une meilleure détection, la prise en charge permet d’éviter de nouvelles éventuelles contaminations. “Nous préférons aborder toutes les facettes de la sexualité des patients. Parfois débridée, elle peut être à risque si elle est mal accompagnée”, analyse Marc Frémandière.

“Ici, nous proposons un cadre confidentiel. Le secrétariat est fermé pour instaurer une confiance éthique immédiatement”, ajoute-t-il, en faisant la visite du lieu : deux salles de consultation et une salle de soins où les infirmiers peuvent prendre en charge les patients. La petite équipe, composée de deux médecins, un psycho-sexologue, un psychiatre (une fois par semaine), deux infirmiers et un secrétaire, permet la prise en charge complète d’un patient, et d’éviter la déperdition d’informations. Plus étonnant : la présence d’un dermatologue.

“C’est essentiel pour combler les joues émaciées, la lypodystrophie provoquée par les traitements sévères, pour les patients le souhaitant”, explique Marc Frémondière. “Nous essayons aussi de répondre aux questions les plus fréquentes : vais-je guérir un jour ? Si je prends un traitement depuis mes 25 ans, comment vais-je vieillir ? Et nous essayons de soutenir ceux qui s’effondrent en apprenant qu’ils sont séropositifs.”

Génération sida

Dans les boxes de consultation, “les tables sont rondes”, souligne le cadre de santé. Pour favoriser l’échange et “casser” la hiérarchie médecin-patient. Car pour Marc Fremondière, le sida a révolutionné les relations dans le domaine médical. “Aujourd’hui, on parle beaucoup des droits des patients. Avant le sida, cela n’existait pas. Les médecins ont, pour la première fois, montré une impuissance. Ils ont été descendus de leur piédestal et ont été perçus à égalité avec les patients. L’épidémie du sida a fait bouger les lignes, le patient s’est dit : moi aussi, j’ai droit de cité. Quels sont mes droits ? Quel est mon choix dans un traitement ?”

Une méthode qui continue à être appliquée au 190 : l’éducation thérapeutique est au coeur du dispositif. Le dialogue aussi : ” nous prenons plus de temps qu’à l’hôpital où un patient est reçu toutes les dix minutes. Ici, le temps est notre allié.” Au 190, les patients peuvent parler d’éducation thérapeutique, de leur vécu, de leur traitement, de leur maladie. Lutter aussi contre les discriminations qui existent dans le milieu médical parfois. Marc Frémondière parle même de “sérophobie”, chez certains praticiens.

Dépistage et check up

“Nous abordons aussi des thématiques comme les addictions, favorisant des conduites à risques, comme le “slam”, qui débarque depuis quelques années, qui est la prise d’amphétamines lors de rapports sexuels”, explique Alexandre, infirmier, 28 ans. Le jeune homme, arrivé il y a trois ans, travaille à mi-temps au 190. Il y réalise des soins basiques : injections, prélèvements, prises de sang.

C’est un endroit unique où les patients bénéficient d’un check up complet et total : VIH, hépatites, syphilis etc. Rien n’y est négligé. Alexandre insiste aussi sur le “soin relationnel.” “On s’adapte aux problématiques et on ne traite pas de façon standard, on voit où les patients en sont, on fait un état des lieux.”

Alexandre, comme tous les autres soignants, doit aussi se renseigner sur les avancées thérapeutiques, qui permettent d’augmenter la qualité de vie des malades. “Par exemple, avec la sortie récente de quelques nouveaux médicaments – un comprimé par jour associant plusieurs molécules – qui allègent les prises.”

Les horaires d’ouverture qui ont été largement augmentés : 8h-20h, soit une large amplitude pour permettre aux actifs de venir consulter. “Il existe une vraie demande, les gens ne connaissaient pas au début. Mais nous avons bénéficié d’une médiatisation d’infortune dernièrement”, lâche-t-il.

En effet, le 190 connaît actuellement des soucis de logement qui met les activités du centre en péril. Le délai accordé par l’actuel propriétaire du lieu est d’environ six mois. Ensuite ? “Nous cherchons activement un nouvel emplacement, mais ce n’est pas évident de trouver”, reconnaît Marc Frémondière. Il a bon espoir, car il le rappelle, cet “endroit est unique en France.”

Delphine Bauer/ Youpress
article paru dans ActuSoins magazine

Cet article Le 190, un centre de santé sexuelle menacé et… sauvé est apparu en premier sur Toute l'actualité infirmière avec Actusoins


Toute l’actualité infirmière avec Actusoins

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.