Décembre 2014 : une fin d’année dans la tourmente des grèves

Cortège de mécontentements chez les médecins, urgentistes, généralistes, spécialistes, SOS médecins et bientôt les cliniques… Effet boule de neige pour les médias. Pourtant il ne devrait pas y avoir d’amalgame entre le 1er mouvement, celui des urgentistes qui concerne la pénibilité de leur travail et le paiement de leurs gardes et la contestation des médecins libéraux opposés au projet de loi santé.

La grève des urgentistes pour de meilleures conditions de travail – dont ils souhaitent limiter la durée à 48h00 par semaine contre une soixante actuellement et pour une revalorisation des gardes- a débuté le 22 décembre 2014. Très peu de perturbation à la clé, puisque les urgentistes peuvent être assignés pour assurer le fonctionnement du service public – le statut de gréviste étant symboliquement marqué par le port d’un brassard.  Il n’empêche le lendemain, le mouvement s’arrêtait suite à un accord historique conclu  avec le gouvernement : reconnaissance du seuil de 39 heures et au-delà, déclenchement des heures supplémentaires. Un accord qui contente les intéressés mais qui inquiète la Fédération hospitalière de France. Dans une dépêche de l’AFP du 23 décembre, son président Frédéric Valletoux, reproche à Marisol Touraine d’avoir «lâché (…) des mesures catégorielles» entraînant pour l’hôpital un surcoût de 90 millions d’euros ; charges critiques en l’état actuel des finances hospitalières « déficitaires d’environ 400 millions d’euros par an ».
Du mardi 23 jusqu’au 31 décembre, c’est au tour des médecins libéraux de suspendre les gardes et de fermer leurs cabinets. Leurs revendications : "NON au tiers payant généralisé et obligatoire pour 2017 (promesse de campagne de François Hollande). Pour les praticiens la dispense d’avance de frais sera perçue comme une « gratuité » de l’acte médical qui risque de le dévaloriser, de déresponsabiliser le patient et d’accroître le consumérisme médical. "NON au pouvoir accru des agences régionales de santé "Non à la délégation de la vaccination aux pharmaciens" et enfin, pour les cliniques, "NON la disparition programmée du secteur de l’hospitalisation privée et de ses 200.000 emplois" qui selon les dirigeants ouvre la voie à une "étatisation insupportable" de la médecine qui va bénéficier au secteur public. "AFP du 22 décembre.
La Tribune du 22 décembre mentionne aussi la demande de revalorisation de la consultation à 25 euros, contre 23 actuellement émanant de l’ensemble des syndicats de généralistes.
24 décembre, les spécialistes emboitent le pas des généralistes.
Le 29 décembre, SOS Médecins invite ses 1 000 adhérents à rejoindre le mouvement jusqu’au 31 décembre – pour pallier à un éventuel afflux de patients, les 64 structures d’intervention d’urgence de l’association ont été réquisitionnées précise le Parisien du 28 décembre. Le mouvement conteste les pouvoirs accrus des directeurs des agences régionales de santé qui pourraient décider de se passer de la garde de médecins libéraux la nuit et orienter de fait les malades vers les urgences

Le 29 décembre, le JDD faisait le point « Selon MG-France (syndicat de généralistes), entre 40 et 80% des généralistes fermeront leurs cabinets dans les trois jours à venir. Chez les spécialistes, la participation dépasse les 80% selon la CSMF ».
Quant aux 1.000 cliniques et hôpitaux privés de France, une cessation d’activité totale et illimitée est programmée à partir du 5 janvier pour demander le retrait du projet de loi". Elles refusent que les  agences régionales de santé (ARS) puissent leur retirer l’autorisation d’activités de soins ou fermer un service d’urgence. En réalité, décrypte Le Monde-AFP du 23 décembre « le projet de loi santé prévoit que pour bénéficier de l’étiquette « service public hospitalier » (et des financements qui vont avec), les établissements privés devront se soumettre à certaines obligations : assurer les 14 missions de service public (urgences, soins palliatifs, recherche, permanence des soins…), et plus seulement certaines d’entre elles (…); proposer ces missions de service public au tarif de la Sécurité sociale, c’est-à-dire sans dépassements d’honoraires. » Une révision possible : l’absence de dépassement d’honorais pourrait ne s’appliquer qu’aux seules urgences auquel cas les cliniques se verraient octroyer d’office un  statut de « service public hospitalier » même si elles pratiquent des dépassements dans leurs autres services. Les négociations sont en cours.
Grève aussi en Belgique confrontée à une contestation nationale « historique » au dire des medias. «Il n’y a jamais eu de grève aussi forte» annonçait Le soir dans son édition du 15 décembre. Les syndicats sont vent debout contre la politique d’austérité du gouvernement du premier ministre, Charles Michel – pas d’alignement des salaires sur l’évolution des prix, retraite passant de 66 ans en 2025 à 67 ans en 2030 et aussi pour les jeunes allongement du stage d’attente, dégressivité accrue des allocations, limitation dans la durée des allocations d’insertion, pour les chômeurs un " service d’intérêt général obligatoire" imposant de s’acquitter de certains travaux pour continuer de percevoir les allocations… un programme de réformes visant à économiser 11 milliards d’euros en cinq ans.
La grève se déroule tous les lundis et comprend le blocage de l’accès des entreprises, piquet devant les hôpitaux – 1 jour par semaine, la Belgique tourne au ralenti.
Marie-Georges Fayn 

 

Relay H, un réseau très hospitalier

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